La règle des 4 % et l'étude Trinity
La formule mathématique la plus éprouvée pour calculer votre liberté financière.
1. L'origine de l'étude de la Trinité
Le concept de « liberté financière » ressemble souvent à une idée d’auto-assistance, mais il bénéficie d’un soutien académique très rigoureux. En 1998, trois professeurs de finance de l'Trinity University (Texas) ont publié une étude historique intitulée "Épargne retraite : choisir un taux de retrait durable".
Leur objectif était de répondre à l’une des questions les plus cruciales de tout retraité : quel pourcentage de mon portefeuille de placements puis-je retirer chaque année sans risquer de manquer d’argent avant mon décès ?
Pour ce faire, ils ont simulé la performance historique de portefeuilles composés d’actions et d’obligations américaines sur toutes les périodes possibles de 15 à 30 ans entre 1926 et 1995 (y compris les catastrophes économiques comme la Grande Dépression de 1929 ou les crises pétrolières des années 1970).
2. Comment fonctionne la règle des 4 % ?
La conclusion de l'étude était claire : un portefeuille composé de 50 % d'actions ou plus a un taux de réussite historique de 96 % à 100 % lorsqu'il retire 4 % la première année et ajuste ce montant les années suivantes uniquement en fonction de l'inflation.
Le calcul pour estimer votre capital cible est très simple (l’inverse de 4 % est multiplié par 25) :
Target Capital = Annual Expenses × 25
Allocation d'actifs classique (60/40) de l'étude Trinity
Par exemple, si vous avez besoin de 2 000 $ par mois (24 000 $ par an) pour vivre confortablement, votre capital cible pour atteindre une retraite en toute sécurité est de 600 000 $ (24 000 $ × 25).
Au cours de la première année de votre liberté financière, vous retirerez exactement 4 % de vos 600 000 $ (soit 24 000 $). Si l’année suivante l’inflation augmente de 3 %, vous retirerez 24 720 $ (24 000 $ + 3 % d’inflation), que le marché boursier ait augmenté ou baissé cette année-là. L'étude Trinity a démontré que le portefeuille résistera à ce taux de retrait dans pratiquement tous les scénarios.
3. Taux de retrait sécurisé (SWR)
Ce taux initial de 4 % est connu dans le jargon financier sous le nom de SWR (Taux de retrait sécurisé). Cependant, il ne s’agit pas d’une règle fixe et gravée dans le marbre. En fonction de votre tolérance au risque et de la durée estimée de votre retraite, vous pouvez ajuster ce taux :
- SWR de 3 % à 3,5 % (ultra-conservateur) : Convient si vous prévoyez de prendre votre retraite très jeune (par exemple, à 35 ou 40 ans) et que vous avez besoin que votre argent dure 50 ou 60 ans. Le taux de réussite historique est pratiquement de 100%.
- SWR de 4 % (Gold Standard) : L'équilibre idéal entre le capital accumulé et la probabilité de succès sur 30 ans.
- SWR supérieur à 5 % (agressif) : comporte un risque élevé d'épuisement prématuré de votre portefeuille lors de marchés baissiers prolongés, à moins que vous ne disposiez d'une grande flexibilité de dépenses.
4. Le risque de séquence de retours
L’une des plus grandes menaces à une retraite anticipée n’est pas le rendement moyen à long terme, mais le moment auquel vous commencez à retirer votre argent. C'est ce qu'on appelle le Risque de séquence de rendements.
Si vous prenez votre retraite et que la bourse augmente de 15 % au cours des 3 premières années, votre portefeuille augmentera tellement que les futurs retraits n'auront pratiquement aucune incidence sur lui. Cependant, si vous prenez votre retraite et que le marché boursier chute de 20 % au début, vous retirerez de l’argent d’un portefeuille épuisé. Cela accélère l’épuisement de votre capital, vous empêchant de bénéficier de la reprise ultérieure des marchés.
Stratégie défensive : Pour se prémunir contre ce risque, de nombreux investisseurs conservent un coussin de trésorerie équivalent à 1 ou 2 ans de dépenses (tampon d'urgence/de sécurité) ou réduisent temporairement leurs retraits en cas de baisse des marchés (retrait flexible).
5. Nuances importantes pour les investisseurs européens et internationaux
L'étude Trinity originale était entièrement basée sur des données historiques provenant des actifs et devises américains. Lors de l’application de cette règle en dehors des États-Unis (par exemple en Espagne, en Europe ou en Amérique latine), nous devons prendre en compte :
- Impôts sur les plus-values : En Espagne et dans la plupart des pays européens, les plus-values (sur fonds, actions) sont imposées. Le capital net requis doit être calculé en gardant à l’esprit qu’une partie de vos retraits sera versée aux impôts.
- Risque de change : si vous investissez sur les marchés boursiers mondiaux (qui sont principalement libellés en dollars américains) mais que vos dépenses quotidiennes sont en euros ou dans d'autres devises locales, votre portefeuille sera influencé par les fluctuations des taux de change (comme l'EUR/USD).
- Coûts des soins de santé : en Espagne et en Europe, les soins de santé publics universels réduisent le risque de dépenses médicales catastrophiques et imprévues, qui constituent l'une des principales causes de ruine financière aux États-Unis.